@book {391,
	title = {L{\textquoteright}art de po{\'e}sie},
	number = {70},
	year = {2002},
	pages = {129},
	publisher = {Gallimard},
	organization = {Gallimard},
	edition = {Arcades},
	address = {Paris},
	abstract = {<p>R{\'e}sum{\'e} descriptif:</p><div>En 1967 {\`a} Harvard, alors qu\&$\#$39;il y occupait la chaire de po{\'e}sie, Jorge Luis Borges a donn{\'e} une s{\'e}rie de six conf{\'e}rences sur sa conception po{\'e}tique. Ces enregistrements, qui furent enregistr{\'e}es, n\&rsquo;ont {\'e}t{\'e} d{\'e}couvertes que r{\'e}cemment dans les archives audiovisuelles de l\&$\#$39;Universit{\'e}. Traduites de l\&$\#$39;anglais, puis regroup{\'e}es dans L\&$\#$39;art de po{\'e}sie, le livre comporte six parties dont les titres annoncent explicitement les th{\`e}mes abord{\'e}s dans les allocutions : \&laquo;L\&$\#$39;{\'e}nigme de la po{\'e}sie\&raquo;, \&laquo;La m{\'e}taphore\&raquo;, \&laquo;La narration d\&$\#$39;une histoire\&raquo;, \&laquo;La musique des mots : la traduction\&raquo;, \&laquo;Pens{\'e}e et po{\'e}sie\&raquo; et \&laquo;Le credo d\&$\#$39;un po{\`e}te\&raquo;. L\&$\#$39;auteur y partage, par le recours {\`a} de nombreux exemples, une vision personnelle du fait po{\'e}tique, intimement li{\'e}e {\`a} sa conception de la beaut{\'e} \&laquo;nous entoure\&raquo; (p. 20), hors du temps et de la r{\'e}alit{\'e}.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>La beaut{\'e} s\&$\#$39;exprime dans une po{\'e}sie qui {\'e}chappe {\`a} toute tentative de d{\'e}finition arr{\^e}t{\'e}e. Elle ne se r{\'e}v{\`e}le que par l\&$\#$39;accueil de l\&$\#$39;affect. En nous confiant \&laquo;des perplexit{\'e}s anciennes, des perplexit{\'e}s que le temps a rendues v{\'e}n{\'e}rables\&raquo; (p. 8), Borges se pr{\'e}sente en {\'e}rudit qui n\&$\#$39;a cependant pas la pr{\'e}tention de d{\'e}tenir des r{\'e}ponses claires sur la po{\'e}sie. Il insiste sur le fait que la po{\'e}sie est d\&$\#$39;abord et avant tout une \&laquo;passion et une joie\&raquo; (p. 8) et qu\&$\#$39;il serait malais{\'e} de la percevoir autrement, de l\&$\#$39;approcher \&laquo;comme une besogne\&raquo; (p. 8), comme un genre vou{\'e} {\`a} l\&$\#$39;abstraction et, par cons{\'e}quent, {\`a} la d{\'e}possession de son principe de vie li{\'e} {\`a} la jouissance.</div><div>\&nbsp;</div><div>Borges voit la po{\'e}sie comme une r{\'e}alit{\'e} profonde qui ne demande pas {\`a} {\^e}tre d{\'e}finie. Toutes les occasions de po{\'e}sie passent par la chair. Elles ne peuvent {\^e}tre saisies de mani{\`e}re rationnelle. La langue po{\'e}tique restitue aux mots leur valeur d\&$\#$39;origine, leurs pleines sonorit{\'e}s d{\'e}not{\'e}es par un usage intemporel : \&laquo;[...] les mots ont {\`a} l\&$\#$39;origine une sorte de r{\'e}alit{\'e} magique\&raquo; (p. 78) qui passe par la musique, les m{\'e}taphores. L\&$\#$39;ultime devoir de la po{\'e}sie est de transmettre l\&$\#$39;{\'e}motion qui donne vie aux mots et non d\&$\#$39;en percer le myst{\`e}re : \&laquo;J\&$\#$39;essaie seulement de communiquer mon r{\^e}ve. Et si ce r{\^e}ve a des contours flous (comme c\&$\#$39;est souvent le cas), je ne cherche pas {\`a} l\&$\#$39;embellir ni m{\^e}me {\`a} le comprendre.\&raquo; (p. 112)</div><div>\&nbsp;</div><div>R{\'e}sum{\'e} interpr{\'e}tatif:</div><div>\&nbsp;</div><div><div>Dans L\&rsquo;art de po{\'e}sie, Jorge Luis Borges relate cet instant marquant de sa jeunesse o{\`u} la po{\'e}sie a ouvert un monde en lui. Alors que son p{\`e}re lui r{\'e}citait des vers de Keats, Borges a d{\'e}couvert que le langage ne se r{\'e}duisait pas {\`a} un moyen de communication : \&laquo;Mais quand j\&$\#$39;ai entendu ces vers (et dans un sens je n\&$\#$39;ai pas cess{\'e} de les entendre depuis ce jour), j\&$\#$39;ai compris que le langage pouvait {\^e}tre aussi une musique et une passion. C\&$\#$39;est ainsi que la po{\'e}sie m\&$\#$39;a {\'e}t{\'e} r{\'e}v{\'e}l{\'e}e.\&raquo; (p. 94) L\&$\#$39;{\'e}crivain qu\&$\#$39;il est devenu semble tenir {\`a} pr{\'e}server le caract{\`e}re myst{\'e}rieux de cet {\'e}v{\'e}nement en le situant au coeur de sa d{\'e}marche : \&laquo;La v{\'e}rit{\'e} c\&$\#$39;est que je ne vous apporte aucune r{\'e}v{\'e}lation [...] Chaque fois que je me trouve confront{\'e} {\`a} la page blanche, je ressens la m{\^e}me impression : je dois red{\'e}couvrir l\&$\#$39;{\'e}criture par moi-m{\^e}me\&raquo;. (p. 7) Cependant, il ne s\&rsquo;arr{\^e}te pas {\`a} la question de l\&rsquo;{\'e}nigme ; il n\&rsquo;aspire pas {\`a} percer le myst{\`e}re po{\'e}tique mais {\`a} l\&rsquo;investir. En s\&rsquo;appuyant sur de nombreuses r{\'e}f{\'e}rences litt{\'e}raires, le livre d{\'e}veloppe une vision personnelle de la po{\'e}sie et du rapport au langage qui la sous-tend. En d{\'e}finitive, Borges souhaite en arriver {\`a} une conscience plus sensuelle des mots.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>L\&$\#$39;{\'e}criture po{\'e}tique entretient un lien particulier avec le langage en le rapprochant de ses origines. En ce lieu, comme c\&$\#$39;est le cas pour la musique, signifiant et signifi{\'e} se recouvrent. Les mots acc{\`e}dent alors {\`a} une existence magique : \&laquo;Si l\&$\#$39;on se place dans une perspective historique [...], on d{\'e}couvre que les mots n\&$\#$39;ont pas eu d\&$\#$39;abord une valeur abstraite, mais tout au contraire une signification concr{\`e}te \&mdash;et je pressens qu\&$\#$39;ici \&ldquo;concret\&rdquo; a le sens de \&ldquo;po{\'e}tique\&rdquo;\&raquo; (p. 76). Cette r{\'e}alit{\'e} du langage s\&$\#$39;exprime notamment par la m{\'e}taphore.</div><div>\&nbsp;</div><div>La m{\'e}taphore est allusive. Elle agit sur l\&$\#$39;imagination, cette \&laquo;facult{\'e} plus profonde que la raison\&raquo; (p. 84), et alimente le myst{\`e}re. Le libre pouvoir de l\&$\#$39;imagination transforme chaque image en une nouvelle, unique. Pour ce faire, la qu{\^e}te de m{\'e}taphores in{\'e}dites et surprenantes n\&$\#$39;est pas primordiale. Le po{\`e}te doit plut{\^o}t chercher les mots qui produisent l\&$\#$39;image juste, {\'e}vocatrice, cr{\'e}ant une \&laquo;allusion [qui aidera] le lecteur {\`a} imaginer\&raquo; (p. 111). Ainsi, l\&$\#$39;exp{\'e}rience sensible du po{\'e}tique reste ind{\'e}finissable. Elle touche {\`a} une v{\'e}rit{\'e} issue d\&$\#$39;une r{\'e}alit{\'e} profonde, indicible.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>Le trait {\'e}nigmatique de la po{\'e}sie ne doit en aucun cas {\^e}tre confondu avec l\&$\#$39;herm{\'e}tisme. Le texte po{\'e}tique est d\&$\#$39;abord et avant tout un fait de langage ; il est donc accessible. Ce qui nous {\'e}chappe transcende les mots et fait appara{\^\i}tre la magie de l\&$\#$39;exp{\'e}rience po{\'e}tique en permettant {\`a} la beaut{\'e} de d{\'e}passer une {\'e}poque. En ce sens, Borges insiste sur le lien qui se cr{\'e}e entre le lecteur et le texte po{\'e}tique, sur les significations qu\&$\#$39;il lui pr{\^e}te. Il doit donc n{\'e}cessairement y avoir un dialogue entre l\&$\#$39;oeuvre po{\'e}tique et son lecteur. Ce qui am{\`e}ne Borges {\`a} s\&$\#$39;int{\'e}resser {\`a} la difficult{\'e} de traduire la po{\'e}sie. Une bonne traduction, estime-t-il, doit en premier lieu demeurer fid{\`e}le au principe de plaisir et de jouissance du texte, qu\&$\#$39;il s\&$\#$39;agisse d\&$\#$39;une traduction litt{\'e}rale ou plus \&lsquo;po{\'e}tique\&rsquo;.</div><div>\&nbsp;</div><div>Borges aborde aussi l\&$\#$39;{\'e}pop{\'e}e, \&laquo;la plus noble forme de la po{\'e}sie\&raquo; (p. 24). L\&$\#$39;{\^e}tre humain a besoin d\&$\#$39;histoires pour {\'e}veiller son imagination et, selon l\&rsquo;auteur, l\&rsquo;{\'e}pop{\'e}e est le genre qui r{\'e}pond le mieux {\`a} cette attente ; elle est r{\'e}cit{\'e}e et sa musique parle aux sens, {\`a} la diff{\'e}rence du roman, qui {\'e}nonce et renvoie {\`a} la raison. Ce dernier, soutient Borges, est {\`a} bout de souffle et perdra {\'e}ventuellement toute reconnaissance litt{\'e}raire. Borges voudrait que la narration redevienne la t{\^a}che du po{\`e}te : \&laquo;Et si au plaisir de s\&$\#$39;entendre conter une histoire viennent s\&$\#$39;ajouter le plaisir et la dignit{\'e} du vers, alors ce sera un grand {\'e}v{\'e}nement\&raquo; (p. 54). Pour lui, l\&$\#$39;{\'e}pop{\'e}e raconte une histoire en po{\`e}me, elle rend vivantes les voies les plus sublimes tels le lyrisme, le courage et l\&$\#$39;espoir.\&nbsp;</div><div>\&nbsp;</div><div>L\&$\#$39;art de po{\'e}sie expose n{\'e}anmoins une vision qui s\&$\#$39;av{\`e}re close sur elle-m{\^e}me. Borges d{\'e}fend certaines id{\'e}es traditionnelles et se positionne contre des exp{\'e}riences nouvelles, et malgr{\'e} l\&$\#$39;{\'e}rudition de l\&$\#$39;auteur, le livre nous laisse sur notre faim.</div></div><p>Source : Interligne - UQ{\`A}M (http://www.interligne.uqam.ca/pages/liste_biblio.asp)</p>},
	author = {Jorge Luis Borges}
}
